[ Eardrum ]

[ Eardrum ]
Alors j'ai enfoncé mon vieil écouteur défoncé dans mon oreille gauche et j'ai appuyé sur les boutons de ce sacré baladeur démodé au hasard. Alors j'ai marché sur la ligne blanche comme j'en ai l'habitude en revenant seule de ce cher cinéma. Sauf que cette fois-ci il ne faisait pas nuit. Sauf que cette fois-ci je ne me sentais pas seule.
Alors j'ai été envahie de frissons dans le bedon et de petites rides aux coins de la bouche. Alors je me suis redressée et j'ai basculé ma tête en arrière pour regarder le soleil dans le fond de ses yeux. Alors je me suis dit que Bertrand était bien cool et que j'avais sans doute l'air conne, mais qu'importe.
Qu'importe, parce que le nuage qui plane autour de moi, je lui mettrais un coup de déo pour chiottes dans le pif. Qu'importe, tant qu'il y a son sourire. Qu'importe, tant qu'elle est forte et tient le coup. Qu'importe, parce qu'il y a toujours un chouette type à sa fenêtre pour vous attendre toute une journée et changer du Brassens quand vous passez, mélancolique, dans la rue la plus belle d'Uzès. Qu'importe, parce que six fautes, après tout, c'est un miracle mais un miracle accompli. Qu'importe, parce que je pourrais toujours me rouler dans l'herbe, et quand il n'y aura plus d'herbe, je pourrais encore tourner en rond sous les néons.

Désir mais pas si noir. Non. Désir de vivre.
Parce qu'après tout, ce nuage asphyxiant qui plane autour de ma tête, le vent l'emportera.


Photo : Le Havre.

Et adieu.

# Posté le dimanche 14 septembre 2008 09:45

[ Oignons passifs ]

[ Oignons passifs ]
A Lenychou, qui me manque.





Ils etaient tous assis en rang d'oignon devant une de ses emissions deprimantes ou les gens se cassent la gueule de facons diverses et variees.
Il y avait cette jeune fille, qui aurait tres bien pu etre ma mere, qui tombait de cheval et se cassait le dos ; et il y avait aussi ce gars, Robin probablement, qui jouait aux All Blacks, voltigeant dans les airs, tournicottant, rebondissant, courrant a droite et a gauche d'un air joyeux, et finissait par se fracturer le poignet.
Et eux, scotches au televiseur, ils riaient comme des cons, insouciants. Comme si ca n'etait qu'a la tele, simplement a la tele, et que les gens qui se ridiculisaient sur des videos pour etre payes par des telespectateurs au sens de l'humour douteux n'etaient eux-memes pas des humains. Pour eux, tout ca n'etait que fictif.
Une bonne blague quoi.

Ca les faisaient rire et ca me rendait malade.
Parfois je me demande si ils ne vivent pas a travers ce genre de futilites, si ils ne se forcent pas a rire pour pretendre etre heureux tellement leurs vies sont ennuyeuses et sans sens.
Oui, une fois de plus, ca me rendait malade.



Alors j'ai fuit.

Je suis sortie et je me suis assise sur le perron, sous un soleil un peu trop eblouissant pour un mois de fevrier. Triste soleil arrive la par hasard, certainement a cause de ce "global warming" qu'ils montrent tous d'un doigt tremblant, assis dans leur pick-ups, envoyant des sacs plastiques en l'air comme on envoie des confetits a Mardi Gras.
Oui, il faisait un temps magnifique. Alors j'ai juste ferme les yeux et j'ai avale cette bouffee d'air qui me chatouillait les narines. J'ai regarde ces grands arbres que personne ne voit, j'ai senti ce frisson dans leurs rares feuilles d'hiver et je me suis demande pour combien de temps encore ils allaient rester la, avant qu'un abruti ne les trouve inutiles et ne les rase.

Mais j'ai oublie l'abruti qui rasera les arbres un jour puisque c'est inevitable, et j'ai profite que ceux-ci soient encore la, les racines profondement enfoncees dans la terre et le tronc droit, solide. J'ai mis mes mains autour de mes genoux et je me suis balancee de droite a gauche sur mes fesses en ecoutant le silence, en oubliant combien les gens sont cons.




C'est la que j'ai senti que tu etais assis a cote de moi, et que ton regard aussi etait perdu dans cet espace. Je n'ai pas tourne la tete pour verifier, ca n'aurait eu aucun sens. Je savais que tu etais la. J'en etais sure, c'etait tout. Parce que cette scene, cette resurrection au milieu de ce monde aveugle, j'aurais tres bien pu la vivre avec toi. Oui, c'etait un moment que l'on n'a jamais vecu ensemble, mais je peux tres bien nous imaginer, allonges dans l'herbe cote a cote, muets, a regarder le bleu du ciel et a se perdre dans ce vide, dans cette brise, dans cette plenitude et ce bien-etre. Comme si la societe partout autour de nous n'existait pas, que la simplicite avait miraculeusement eu raison de ce merdier.

Comme un retour aux sources, et simplement comme un retour a la vie.





Photo : The Cranberries, album 'Animal Instinct'

# Posté le mardi 05 février 2008 23:32

Modifié le dimanche 09 mars 2008 23:08

[ La Gerbe ou l'invasion 99's ]

[ La Gerbe ou l'invasion 99's ]

*






Sa tête est comme la Lune, aplatie et luisante. Elle sourit. Et quand elle sourit, elle a les yeux qui plissent. En bruit de fond, une intense mastication sur la moquette bleu roi - le roi n'ayant pas grand chose à faire là - et l'air conditionné qui s'obstine à faire durcir les tétons de ceux qui en ont. Là-haut, le sol à l'envers du décors est blanc. Trop blanc, trop propre, trop sinistre. la lumière est pâle, malade, et la seringue des minutes semblent être dans un état de léthargie particulièrement avancé, tout comme la truie.
La truie, elle n'entend rien. Otite, surdité. Elle n'essaie même plus d'entendre, ça la blesse trop profondément. Elle regarde d'un oeil noir les deux pimbêches à la crinière de hyène. Elles ont l'air si vaches, à tailler dans leur graisse... Heureusement, il y a Bob qui trotte dans son esprit et chasse d'un coup de guitare bien placé l'image de "Which gender has the better smelling ?" dont le postérieur délicat repose sur du carton vert. Le vert, parce qu'un couteau a deux face. Parce qu'il coupe. Tel une truie.
Alors, elle regarde la Lune. Elle est chouette, la Lune, avec son soleil sur sa poitrine écrabouillée... Mais surtout parce que quand elle la regarde, elle ne voit pas un astre... Pas vraiment.
Elle se voit marcher dans ces rues claires et désertes, chaudes, de son pas rebondi, doucement, tout en camelant dans la fumée dorée du soleil. Elle se voit respirer, fermer les yeux, depuis si longtemps, elle se sent... Eh bien non, vous ne saurez pas ce qu'elle ressent. Parce que "Putain. C'est pas croyable ! C'est infesté d'hypocondriaques à vagins ici !"
Eh merde ! Eh merde, parce qu'elle est de nouveau perdue, l'esprit entre ces deux murs qui semblent tomber sans fin, sans jamais toucher le sol, doucement et d'un bloc. Ils tombent sur sa minuscule silhouette, immobile au milieu du long couloir d'hôpital dont la lumière blafarde clignote de manière inquiétante dans ses rétines. Elle ne voit que ces deux murs, de chaque côté, qui s'écroule sur sa carte d'identité de nationalité française sans cependant la heurter. Son cerveau est tel un oeuf dans une casserole d'eau bouillante. Si le mur ne l'écrase pas, il explosera sous la pression. Elle ne sait pas où aller. Marcher jusqu'à la salle, ou bien courir à l'aéroport... Ou simplement attendre que le mur la tue.



Photo : Asheville High School

[Texte écrit fin aout 2007. Depuis, tout semble avoir changé.]

# Posté le mardi 23 octobre 2007 22:28

Modifié le mercredi 08 octobre 2008 13:24

# Posté le samedi 08 septembre 2007 21:10

Modifié le dimanche 28 septembre 2008 10:01

[ L'inconnu ]

[ L'inconnu ]
Cher Seigneur de la Fange,

Je suis là, juste ici, accroupie au centre de ce tourbillon de fumée verdâtre et nauséabonde. Il y a des bulles de savon rose collées aux verres épais de mes lunettes en c½ur. Il y a un cochon body buildé qui flotte dans le ciel. Et il y a Pink Floyd, aussi. Si je force un peu sur mes tempes, je peux voire ta face pigmentée qui luit devant moi, et ça me donne, je te l'avoue sans gène aucune, très envie de rire. Et de vomir aussi. Il n'y a pas vraiment de bruit, juste ce cri continu de tronçonneuse, ce cri d'hystérie et le trou noir. Il faudra d'ailleurs que je pense à me tronçonner les sourcils avant que nous ne partions pour le festival de la sauce au curie de Guglubstang. Vois-tu, je pense que si nous partons tout de suite, le lapin unijambiste ne nous importunera plus avec ses envies de vodka. Chaque nuit, mon ½il éclaté se fixe dans le sien, dans son grand ½il marron, cette louche qui plonge dans la bouillie élaborée au Royaume de l'Instabilité spirituelle. Je vois son nombril. Il est bleu, en métal lisse, luisant. Orgasmique. Et quand j'ouvre la paupière, en haut, puis en bas, je vois la tête du chien errant entre mes cils coupants. Il me regarde, la tête légèrement penchée dans un signe d'incompréhension. J'ai peur. Il y a des puces partout, la faute à Betty, comme d'habitude. Alors je monte sur le poste de radio. Comme il faut s'y attendre, la pilosité crânienne du présentateur rougit. Et à chaque fois survient cette mouche menaçante. Je prends la bougie de fer et je l'assomme. Elle gît là, à côté, tout contre mon c½ur, à côté de la boîte. Elle revient cependant toujours le lendemain, à huit heures. Alors, elle se trémousse avec lenteur jusqu'à moi, sans émettre le moindre son, et elle finit par se rendormir, recroquevillée contre mes seins. Je fume. Et la girafe aussi. La girafe, elle a de la vie dans ses poids de couleurs. Cafetière, respiration, couverture miteuse, Mademoiselle Jones, chaleur, monnaie, mains, beyond, gruyère râpé avec de la moutarde, craquement de tissu, bourrelet, applaudissements, estomac, vide, douleur. Je dis. Je pense... Que c'est une mauvaise idée. Dix mètres. Mais son petit ventre se balade de gauche à droite, bourré de carcasses de 2CV. Il y a Jésus. Il me regarde, dénué de lumière, terne. Le pauvre poilu ! Il, s'ennuie, il vit une aventure virtuelle avec Ernestine depuis l'éternité... Souhaiterais-tu avoir des nouvelles du cochon gonflable ? Il est toujours là, planant inlassablement au dessus de ma tête. C'est un autre Dieu, qui ne sert pas à grand chose, si ce n'est à croire. Je lui ai souri en tirant sur ma cigarette, et en guise de réponse, il a détruit le nuage. Et l'image. Le spectre avance. Il est drôle, avec son chapeau melon et sa cafetière accrochée au bout de son nez en trompette. Il amène avec lui cette musique de l'oubli, elle se colle un peu plus tout contre mon lobe outragé. L'odeur du gras, de la cigarette. Ivresse. Mélancolie. Les orteils qui se baladent. Le piano. Il y a dans le bleu trop de visages à décrire. Détruire. Là-bas. Un cornichon !

Sur ce, Merry Christmas et mes salutations à la tondeuse électrique.



Photo : Pink Floyd, album 'A Momentary lapse of reason'

# Posté le mardi 29 mai 2007 15:30